Barbie à la rencontre de Menace l’Artiste et de Mika ….

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Photo : merci pour le cliché / Titre : Mika et Menace l’Artiste

Le graff a vu le jour à Neuw York. En France, il est né à Paris en 1983, sur les palissades de chantier de la Pyramide du Louvre puis sur le terrain de Mouton-Duvernet au sud de Paris notamment. Paris, fut donc le point de départ d’un nouveau mouvement qui va s’étendre rapidement à toutes les grandes villes et aller au-delà des frontières européennes. Il foisonne et conquière les rues, les chemins, les impasses au fil des ans, s’exposant sur les murs, les palissades de chantier, les rames de métro, les voies ferrées, …

Les tags, les graffitis, deviennent pour les non-initiés des images énigmatiques, obscures et incompréhensibles. Pour la plupart des gens, ils sont dénués de sens, de caractère et sont alors perçus comme une agression. Ce qui ne tarde pas à déchaîner les passions mais aussi les ressentiments voire l’animosité. Tous s’unissent alors pour contrer ce fléau des cités. A l’image d’un conflit, les municipalités et les tagueurs rivalisent d’ingéniosité : les premiers pour nettoyer et les contrer rapidement et, les seconds pour continuer à se révéler en employant de nouveaux produits. Le débat reste ouvert depuis des décennies.

Au-delà de la simple expression, c’est un art à part entière qui mérite ses lettres de noblesse. Preuve en est, ces galeries, ces expos, ces festivals et ces performances qui font de cet ART une véritable discipline artistique des plus créatives, fertiles et productives. Alors Barbie a voulue sortir des clichés, des stéréotypes et toucher du bout de ses doigts les skinnys qui font de l’art contemporain urbain une véritable performance artistique. De la rue à la galerie, immersion dans un monde haut en couleur où l’imagination est la seule limite. Focus sur un phénomène de société entre art et dégradation. D’un seul HIGH LIGHT, découvrez, plongez au cœur de cet univers et faîtes connaissance avec Menace l’Artiste. En bonus, l’intervention ponctuelle et agréable de Mika, qui pour l’occasion était en plein boulot aux côtés de Menace.

Portez un autre regard sur le tag … découvrez avec moi deux jeunes artistes qui seront bientôt bankable.
(Vallauris – Dimanche 15 juin – Durée 60 minutes)

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 Photo : Menace / Titre : The Menace Shop in Vallauris

Barbie. Bonjour Menace, bonjour Mika, merci de me recevoir dans votre bazar. Tag, graff, graffiti, beaucoup font encore l’amalgame. Peux-tu nous éclairer ? Ce sera notre question bateau, histoire de briser la glace. 

Menace.
Pour faire simple, le graffiti ça englobe tout. Le tag c’est juste une signature, ton nom signé de façon rapide et efficace. Un graff, c’est des lettres qui sont construites avec des contours, des couleurs. Ce sont des lettres qui sont dessinées en fait. Un tag c’est plus simpliste.
Le tag, c’est une signature codée qui marque un territoire. Le tag c’est ce qui est à la base du lettrage du graff. C’est un moyen de communiquer avec les autres grâce à des surnoms, de marquer son passage.

Barbie. Et la différence avec le Street art ?
Même s’il nous arrive de peindre sur les murs, on ne fait pas vraiment du « Street art », on travaille essentiellement sur des casquettes et des t-shirts. Le graff c’est comme écrire, dessiner, revendiquer nos idées. Le graff c’est la rue : ses codes, ses spécialités, son histoire, ses rencontres. Graffer c’est avoir une montée d’adrénaline. En fait, le « Street Art » ça regroupe tous les apports artistiques dont le graff, le pochoir, le sticker ….

Menace.
Il y a aussi le « throw up » (ou « flops » qui sont un mélange de graff et de tag avec des lettres en forme de bulles), le « block style » (association de lettres aux formes géométriques), « wild style » (utilisation de flèches et de lettres plus complexes), le « free style » (forme abstraite du graffiti) et bien d’autres techniques encore.

Mika.
Le monde du graff est très complet. En parallèle de tous ces styles, il a aussi ceux qui font des personnages avec des « B.Boys », des personnages de mangas/comics/dessins animés ou ceux qui réalisent des personnages plus réalistes. Nous, c’est le custom.

Barbie.Menace, comment le tagueur a prit place en toi ?
Qu’est-ce qui t’as poussé à créer tout ça et à ouvrir une boutique aujourd’hui ?

Menace.
Je dessinais pas vraiment, ça faisait pas partie de mon équilibre … ça ne m’attirait pas quand j’étais môme. Je dirais que cela a prit une place prépondérante dans ma vie suite à la séparation de mes parents. Dans le train qui nous conduisait à Nice pour voir mon père, je voyais au travers de la fenêtre les graffs et cela me faisait kiffer. Le déclic est venu après. Un pote, Kamel, « l’ancien » car il était plus âgé, nous faisait partager les magazines de graff, ce fut le déclic : l’envie est née. Après j’ai rencontré un mec qui faisait du graff, et je me suis lancé. Au début c’était un amusement. On graffait avec des copains un peu partout, surtout dans les lieux abandonnés pour réaliser de belles pièces. Les yeux émerveillés en regardant les graffeurs talentueux des magazines, le magazine graffitiart , on voulait faire comme les grands. On s’éclatait bien avec la bande de potes.
Graffer c’est mon plaisir, à la base c’est mon loisir. Je le fais avec mes potes le week-end, c’est un kiff. Je ne me suis jamais dit « tiens je vais vivre de ma passion ». De fil en aiguille, j’ai fait pleins de choses pour les copains (des murs, des casquettes, …). L’envie de partager mon travail avec les autres, d’avoir un retour c’est devenu nécessaire pour progresser. En fait, je ne me suis jamais arrêté. Inconsciemment ou consciemment j’ai ressenti le besoin d’ouvrir une boutique.
Aujourd’hui, presque 15 ans plus tard, même si je ne me considère pas comme un graffeur, je n’ai pas LE talent de certains, j’en reste toujours béat. Mon but est de rencontrer des gens, de donner toujours le meilleur de moi-même, de me perfectionner. C’est comme partir à la quête du Graal : la perfection. L’ouverture de la boutique est venue en parallèle de ma carrière artistique. Pour l’instant, je m’épanouis encore plus et je peux proposer des t-shirts perso. Mes deux activités sont complémentaires, et ni l’une ni l’autre ne prend le pas sur l’autre. Je vis de ma passion et c’est l’éclate.

Barbie.
Petit aparté post rencontre avec Menace pour porter à votre connaissance, pour ceux notamment qui ne connaissent pas, le magazine d’art trimestriel GRAFFITIART (créé en 2008 par Nicolas Chenus) qui est spécialisé dans le street art. Le hors série de 2012 fait un focus sur l’art contemporain urbain et rassemble pas moins d’une centaine d’artistes ayant une reconnaissance sur le marché de l’art international. En un mot : incontournable.

Barbie. Et toi Mika ?

Mika.
Cela fait environ 10 ans, sur les bancs du collège en particulier. J’ai toujours aimé dessiné depuis tout petit. Mais après j’ai fait mes classes auprès d’un graffeur qui alliait les deux techniques et ça m’a plu. C’est aussi le côté un peu vandale qui m’a attiré. Quand on est jeune, on a tous un côté qui aime braver les interdits. J’adore les mangas, je suis d’ailleurs de la génération Dragon Ball Z, je redessinai tous les mangas, tous les personnages de bande-dessinée pour moi. Au fil des ans, mon goût pour le dessin s’est affiné. Depuis peu, je me suis mis au réalisme, l’hyperréalisme.

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 Photo : Mika / Titre : La Reebok by Mika

Barbie. Ton penchant pour la BD ne t’a pas amené à bosser aux côtés de scénariste ?

Mika.
En fait, ça fait des années que je dessine mais peu de temps que je pense à le développer comme job à part entière. Avec Menace on se connaît depuis longtemps. On bosse ensemble en tant qu’animateur. C’est en le voyant se lancer avec sa boutique, que l’idée a germé dans mon esprit. Et en voyant des artistes sur Instagram, que j’ai franchi le pas même si pour le moment, je n’en vis pas entièrement. Ca reste ma passion, je suis heureux de le faire en dehors de mon travail. Allier passion et travail ce serait extra.

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Photo : Mika / Titre : Autoportrait

Barbie. Vous paraissez être comme les deux doigts de la main. Vous partagez autre chose que l’animation, le custom, le dessin ?

Mika.
On se retrouve sur Soundradio06.
On anime une émission sur le rap depuis 1 an. On fait partager à nos auditeurs notre passion pour le rap. Chaque mois, on a un invité, un rappeur. On présente un rappeur qui vient de sortir un album ou qui a une actu. C’est extra, il y a une ambiance familiale, altruiste.

Menace.
On s’éclate. C’est stylé. Les mecs sont contents, les jeunes, les moins jeunes sont enflammés. On donne un coup de pouce à la nouvelle génération de rappeur.

Mika.
C’est bizarre de s’entendre parler, on a le retour en direct dans le casque mais on s’y fait vite. On a entre 60 et 80 auditeurs. Parfois, l’audience grimpe à 500. Et sur le page Facebook on a entre 400 et 450 followers. On a reçu des grands comme Jamal, Plex et Saïd.

Barbie. Tu as fait des études artistiques ?

Menace.
Non pas vraiment. J’étais dans un lycée du génie civil et à l’époque, dans les lycées il y avait une section Arts Appliqués. Je n’étais carrément pas attiré par le dessin. Moi le dessin je n’en avais rien à faire, j’aimais taguer. Mon kiff c’était la bombe et faire mon tag. Même minot je n’aimai pas le dessin. Je ne suis pas comme la plupart des graffeurs, j’étais nul en dessin, je crayonnais parce qu’il le fallait mais bon … C’était un truc de fou ! Ca me faisait c….

Mika.
Les cours de dessin et de musique n’ont pas les méthodes adéquates et ne donnent pas forcément envie aux élèves de s’y consacrer à fond. C’était trop scolaire. En dessin, particulièrement, on faisait des trucs bateau.

Menace.
On ne sortait pas des sentiers battus.
Les techniques de dessin sont venues via le custom. Petit-à-petit, au fil des demandes. Au début, on te demande juste d’écrire des prénoms sur les casquettes. Par la force des choses, on te demande de dessiner un Mario, un logo ; tu essayes, les premiers sont pourris et à force d’en faire, les traits s’affinent et tu y prends goût. Moi j’ai basculé dans le dessin grâce au custom. Aujourd’hui, quand je vais graffer dans les terrains avec mes potes, je fais des persos alors qu’avant je n’en faisais pas. Pendant 10 ans, je n’ai fait que des lettres et au final, je dessine. Maintenant, ca me plait et je préfère.

Barbie. As-tu changé de signature au fil des ans ? Comment as-tu trouvé ton nom ?

Menace.
Quasiment pas.
A mes débuts, je taguais « SAD ». Je ne savais même pas ce que cela voulait dire. Un copain taguait « MAD » et je kiffais tellement son truc, que j’ai essayé de faire comme lui et j’avais prit « SAD » pour la ressemblance. J’étais encore au collège et ça n’a pas duré longtemps, moins d’un an. A ma rentrée en seconde, j’ai rencontré mes potes, qui le sont toujours d’ailleurs, on avait un groupe qui s’appelait « Menace to society » par rapport au film (réalisé par Allen et Albert Hugues, sorti le 5 janvier 1994, drame américain qui retrace la vie d’une bande dans un quartier noir américain le Watts, à Los Angeles, un an après les émeutes). En 2000, un jour on taguait « Menace to society » et j’ai tout juste eu le temps d’écrire « Menace » avant l’arrivée des flics. Ils m’ont attrapé avant que je puisse finir. Les autres se fichaient de moi et du coup, c’est un surnom qui est resté. Aujourd’hui, je signe Menace l’artiste. C’est une trouvaille de ma femme qui s’est répandue sur Facebook, et du coup tout le monde l’utilise. Mais en vrai c’est juste Menace.

Barbie. Tu t’es fait une spécialité avec le « custom » ?

Menace.
En fait c’est un nom générique pour désigner le fait d’agrémenter à la main un support. Comme le dit Alex alias AKEE.1. qui est un spécialiste dans l’art du custom graff, la pratique nous vient des Etats-Unis. Dans les années 75-76, les ricains, comme il le dit, customisaient leur veste pour se faire plaisir. Et aujourd’hui, la tradition a changée, tout le monde peut avoir un objet customisé. Tous les objets, petits ou grands, sont potentiellement customisables. Le « custom », c’est l’art de tout pouvoir décorer : meuble, vêtement, voiture, téléphone, …

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Photo : Menace / Titre : Une casquette customisée

Barbie. Tu as tout essayé ?

Menace.
Je n’ai pas encore tout expérimenté comme support. Mais j’ai déjà customisé des trucs rigolos comme par exemples : une piscine, une baignoire, un casque de moto, un soutif, une bouteille de champagne, des talons, un scooter entre autres.

Barbie. Tu as des supports de prédilection ?

Menace.
Les t-shirts et les casquettes. Après c’est mon kiff parce que j’aime bien les vêtements et les accessoires de mode. Aujourd’hui, la casquette c’est l’accessoire tendance, c’est plus qu’un simple couvre-chef. Beaucoup de stars et de personnes en général sortent avec une casquette vissée sur la tête. Et avec le custom, la casquette est devenue lookée. C’est extra de croiser dans les rues, des gens qui affichent leurs goûts en matière de comics, de séries, de films … Les casquettes aujourd’hui c’est l’objet pas cher, celui que tout le monde peut s’offrir. Et en plus s’il est customisé c’est la classe.

Barbie.
C’est stylé d’avoir une casquette customisée. Et rien à voir avec leurs ancêtres c’est sûr. Aucunes comparaisons. (la casquette portée par les hommes des classes ouvrières (utilisées au XIX°s pour les uniformes de travail (chauffeur, portier, concierge, gardes de sécurité, chef de train, etc)), ]ni celles des armées au fil des ans (officiers supérieurs des armées russes et prussiennes, tenue d’apparat ou de sortie dans l’United States Army, armées de terre, marines et doreces aériennes au XX°s) et encore moins celles des ouvriers du Front Populaire dans les années 30)•

Menace.
Tous les jours, le custom c’est crevant. On ne se rend pas compte du travail que cela représente. Pour faire une casquette, par exemple, c’est plusieurs heures, plusieurs jours de travail. Tu fais plusieurs sous-couches qui doivent sécher. Sans oublier la quantité de matériel nécessaire qui est énooorme.

Barbie. Et toi Mika ?

Mika.
Je suis passé par le graff à l‘époque où j’avais un pseudo comme Menace. Mais j’ai arrêté. Aujourd’hui, je me suis mis au dessin sur papier avec des crayons. Du coup, je ne fais exclusivement que du dessin. De temps en temps, il m’arrive d’aller sur le terrain avec Menace pour faire des pièces à la bombe. Mais je n’ai pas sa dextérité, je suis plus fort sur dessin. Du coup, je dessine tout ce que les gens me demandent. Dernièrement, j’ai fait le portrait d’une petite fille, un hamburger, une chaussure …

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Photo : el eternauta / Titre : Les bombes

Barbie. Quand j’ai voulu te rencontrer l’autre jour, tu m’as dit être dans un resto.

Menace.
Oui, je me rendais à Nice pour faire une fresque dans un resto. En fait, je ne suis pas tout le temps dans la boutique, suis un peu surbooké. Même si la plupart des gens me demandent une casquette, beaucoup me sollicite pour faire des décos dans les chambres d’enfant, dans les entreprises, les restos… Peindre à l’extérieur c’est agréable aussi car le support est immense. Tu vas chez les gens, tu tague, tu te lâches et tu t’éclates. Même si des fois c’est chiant, mais ça reste très rare. En fait, ça dépend de la commande. Des fois, la commande est farfelue, même si tu donnes le meilleur de toi-même, au fond ce n’est pas ça. En tout cas, le custom ça tue.

Barbie. Quel sont tes outils de travail, ceux que tu utilises le plus ?

Menace.
J’utilise des sprays, de l’acrylique, des pinceaux, mon aérographe en fonction du support. Pour la bombe, j’essaye de mettre un masque de protection. C’est important de protéger ses poumons car les bombes dégagent trop de vapeurs nocives. Après en fonction des effets que je veux donner, j’utilise de caps différents.

Mika.
On utilise aussi des feutres posca aussi pour les détails. On utilise tout un arsenal de « caps » pour réaliser une diversité de style graphique différent. Pour les traits les plus larges, des « fat cap », pour une largueur de trait moyenne, des « skinnys » et des « cap aiguille » pour les traits les plus fins.

Barbie. Tu affectionnes les bombes à voir le nombre de post sur ton compte Instagram.

Menace.
Les bombes ? Les bombes c’est ma vie. Ce sont comme mes objets fétiches. D’ailleurs, mon logo c’est une bombe et un cœur. C’est mon kiff, ce n’est donc pas sans raison que j’ai choisi mon logo, je les vénère.

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 Photo : Menace / Titre : Customisation de pièces pour le décor de vitrines – Galeries Lafayette de Nice

Barbie. A part ta signature commune à l’ensemble de tes œuvres, y-a-t-il quelque chose que tu fonds dans le décor comme une marque de fabrique ?

Menace.
C’est difficile, car je réponds à une commande. Après, je donne une touche perso. Je relooke un peu à ma sauce ce que les gens souhaitent. Là le t-shirt, c’est une création perso. Dans ce cas, je m’amuse encore plus, je fais ce que je veux. Mais non sinon, rien de particulier.

Barbie. Comment définirais-tu ton style ?

Menace.
Pas évident, je réalise des œuvres très différentes. Je n’ai pas comme d’autres graffeurs un style bien défini. Certains, sont des as dans leur domaine. Moi, je fais de tout et j’essaye de traduire une émotion plus qu’une ressemblance avec la commande. Je relooke, je mets ma patte dans la commande. J’affectionne mon travail, le côté unique de chaque pièce. Après, j’apporte ma touche perso et si cela ne plait pas, ne convient pas, il est toujours possible d’aller se faire imprimé ou floqué le dessin. Par exemple, les gens me demandent un mickey, je m’inspire du dessin existant pour en créer un avec ma griffe. C’est ce qui le rend unique. Mon style c’est le custom, le hip hop classique tout simplement.

Mika.
C’est vrai que c’est difficile de définir un style quand tu fais de la commande personnalisée. Et comme tu fais ce que les gens te demandent, tu n’as pas forcément l’occasion d’y apposer ton propre style.

Barbie. T’es t-il arrivé de refuser une commande ?

Menace.
Oui. Il peut arriver que je ne sois pas en capacité de le faire. Pas plus tard que ce matin, un gars m’a demandé de dessiner 4 personnages sur un même t-shirt. Tout est faisable, tu vas pouvoir trouver des artistes qui te le font mais moi, je n’y parviens pas et je préfère être honnête. Je préfère refuser que de le faire et n’être pas satisfait du travail rendu. La plupart du temps, quand la commande n’est pas facile a exécuter, je travaille avec le gars pour que l’on trouve un terrain d’entente. Ma difficulté c’est que je fais tout à mains levées, sans crayonner à la base. Du coup, il faut être sûr de son coup, tu n’as pas le droit à l’erreur et rectifier en cours de route c’est pas toujours possible. Du coup, c’est plus difficile.

Barbie. T’es t-il arrivé d’être déçu de ta création ?

Menace.
Oui, c’est le lot de tous les artistes. Il m’arrive de trouver un truc cool et la semaine d’après de dire que c’est de la merde. Des fois tu es vraiment content, tu as fait un bon truc et pourtant à y regarder de près ce n’est pas ça. Mais jamais, je ne rends une œuvre si je la considère comme pourrie. Depuis, que je suis lancé dans ma boutique, j’ai une démarche encore plus pro. Tant que cela ne me convient pas, je ne fini pas le custom. Je suis devenu perfectionniste et exigent envers moi-même.

Barbie. Tes sources d’inspiration ?

Menace.
Le graff est ma principale source d’inspiration au niveau graphique, ainsi que la photo. Le travail de mes copains, les rencontres que je fais, mon quotidien m’inspirent. Tout ce que je fais, ce que j’écoute comme musique m’influencent consciemment ou inconsciemment.

Barbie. La musique c’est comme respirer, c’est vital ?

Menace.
C’est vital, obligatoire et indispensable. La musique me suit partout. Dès que je pose le pied au sol, la musique me suit dans chacun de mes déplacements et de mes actions. Et je ne fini pas une seule journée, sans m’endormir avec. Quand je travaille, et que je suis chez quelqu’un qui en écoute déjà, je ne vais pas mettre mes écouteurs et l’écouter comme un autiste. Dans 90% de mon temps, j’écoute du hip hop, du bon rap.

Barbie. Quel est le top 5 des customs les plus demandés ?

Menace.
Comme je fais beaucoup de choses pour les enfants, les customs suivent la tendance : cars, Spiderman, Hello Kitty … et les clubs de foot. Cela faisait bien 10 ans, que je ne faisais pas une seule casquette de l’équipe du PSG et depuis que Paris gagne, j’en fais plein.

Barbie. Ce que tu détestes ?

Menace.
Cars je déteste, c’est chiant. En fait le custom c’est sympa. Honnêtement, ce que je préfère c’est faire de la création, c’est ce que je kiff le plus.

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 Photo : Menace / Titre : T-shirt customisé – création unique Menace

Barbie. Est-ce que tu es un artiste participatif à l’image de Yann Dumoget qui inverse la pratique du tag et demande au public de « graffiter » l’espace de ses propres peintures ou comme Christophe Pelardy, dans un autre style artistique, qui demande aux enfants de dessiner un monstre pour qu’il puisse s’en inspirer pour créer ses propres monstres ?

Menace.
Non pas vraiment, je ne fais pas le show, ce n’est pas mon truc. Après je travaille plus avec les gosses, les ados. C’est cool. D’ailleurs, en tant qu’animateur, je créé des casquettes avec les ados. Ils sont à fond dedans. Pendant des années, dans le cadre de mon boulot en tant qu’animateur de centres de loisirs je proposais des stages de customs. Je l’ai aussi fait avec des personnes âgées, c’est très sympa. J’ai fait des casquettes à la bombe avec des mamies, c’était stylé.

Barbie. Tu continues l’animation ?

Menace.
Maintenant que j’ai la boutique, c’est un peu délicat. C’est ma dernière saison en tant qu’animateur. Je bosserai 1 mois cet été à Mandelieu et après, je proposerais des stages dans d’autres structures pendant les vacances scolaires.

Barbie. Pourquoi le graff déplait, fait peur en quelque sorte ?

Menace.
Ça dérange oui car on les retrouve partout, au niveau des lieux de circulation en ville mais aussi dans la périphérie. Le fait de taguer ce n’est pas synonyme de vandalisme. C’est avant tout une manière d’occuper l’espace. C’est bizarre l’attitude de dégoût, de rejet des gens face aux tags car à l’inverse ils ne sont pas effrayés par tous les panneaux publicitaires, les pubs, les enseignes qui envahissent nos rues, nos paysages, notre domicile et qui défigure notre environnement.

Mika.
Aujourd’hui, le graff c’est illégal, interdit. En tant que graffeur, c’est d’abord l’envie de communiquer, le plaisir d’écrire qui nous motive. Ca procure aussi des sensations fortes parfois. A l’heure où certains écrivent des bouquins, nous on graff. Le graff c’est notre mode d’expression. On amène à réfléchir, on donne de l’éclat et de la poésie à notre environnement, on renvoi aux passants ce que la société d’aujourd’hui dégage.

Barbie.
En fait, ça doit être dur pour certains d’avoir le reflet de notre époque, la traduction du langage de la société. Difficile à comprendre cette aversion pour le graff. D’autant que cela n’a pas toujours été le cas. Au début du XX° siècle, les publicités s’affichaient à même les façades (indication de la présence d’un magasin ou faire la réclame d’un produit). C’était très en vogue. D’ailleurs, il en reste quelques vestiges aujourd’hui. En fait, au plus loin que l’on puisse remonter, les premiers tagueurs, en quelque sorte, étaient nos ancêtres des cavernes. D’ailleurs, il existerait 45 millions de peintures rupestres sur des rochers et dans des grottes. Seule la technique et les moyens ont changés finalement aujourd’hui.

Menace.
Heureusement, les mentalités changent par rapport au graff. On est moins perçus comme des mauvais garçons. Avec les pubs, les happenings et les évènements, l’image du graff évolue.

Barbie. Des projets à venir ? Dans ta boutique par exemple ?

Menace.
Non, c’est délicat. Dans la boutique, tu ne peux pas accueillir le public et lui proposer un atelier custom. On ne peut bosser qu’à deux, c’est trop petit. Sinon, beaucoup de collaborations avec mes potes, d’autres artistes mais surtout continuer à me faire plaisir dans ce que j’aime.

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  Photo : Menace / Titre : En pleine action …

Barbie. La dernière question. Menace, si tu devais être l’une de tes œuvres, de tes supports lequel serais-tu et pourquoi ?

Menace.
Une casquette forcément. C’est ce qui m’a fait connaître la casquette. Que Dieu bénisse l’inventeur de la casquette ! C’est ce qui a changé ma vie de graffeur. Facebook et la casquette. C’est con mais c’est ça.

Barbie. La dernière question. Mika, si tu devais être l’une de tes œuvres, de tes dessins lequel serais-tu et pourquoi ?

Mika.
C’est difficile à dire. Si je devais être l’un de mes dessins ? Pas facile car pour chacun d’eux, je me donne à fond et je mets le maximum ; je suis quelqu’un de très perfectionniste en plus. Celui dont je suis le plus fier aujourd’hui le Stevie Wonder et l’hamburger car c’est le dessin que tout le monde trouve excellent. Tout le monde ne manque pas de me faire des éloges sur ce dessin : cela donne envie de manger, de manger des hamburgers. Il fait le buzz. Après, il est difficile de se correspondre à une œuvre.

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 Photo : Mika / Titre : Le burger de Mika

Barbie.
Un grand merci à vous deux pour avoir accepté de répondre à mes questions. Merci pour tout. Je vous souhaite de devenir de GRANDS ARTISTES.

Menace et Mika.
Un grand merci à tous les potes et à ceux qui apprécient le custom et le dessin.

 

 

Vous pouvez admirer l’étendue de leur talent :

– shop : 43, avenue Georges Clémenceau – Vallauris
– radio : soundRadio06 (http://soundradio06.fr)

Vous pouvez aussi leur faire passer un bigup sur Facebook et suivre leur actualité :
– http://www.facebook.com/menace.lartiste?fref=ts
– http://www.facebook.com/mika.boco

Vous pouvez suivre leur post sur Instagram en direct :
– menace­laertiste
– mikaboco

Pour en savoir plus : http://www.le-graffiti.com

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